« Attentats, médias et société. Quelles pistes pour la recherche ? », Les Lundis de l’INA, 7 novembre 2016

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Les Lundis de l’INA organisait le 7 novembre 2016 une soirée autour de 3 projets de recherche financés dans le cadre de l’Appel Attentats-Recherche à la BnF (petit auditorium, site François-Mitterrand) : les projets REAT (« La Réaction sociale aux attentats : sociographie, archives et mémoire »), ASAP (« Archives Sauvegarde Attentats Paris ») et SENSI-TV-T (« Sensibilité au traitement télévisuel du terrorisme »).

« Offrir sinon des solutions, du moins de nouvelles voies d’analyse et d’action » : c’est ainsi que le président du CNRS, Alain Fuchs, invitait en novembre 2015 la communauté scientifique à se mobiliser et à proposer des clés de compréhension des attentats terroristes. Parmi ceux qui ont répondu à l’appel « CNRS Attentats-Recherche », trois équipes de chercheurs mobilisent des méthodes et des moyens inédits pour analyser le rôle des médias, au cœur des événements. A l’aide d’outils d’analyse spécialement développés par l’Ina, ils reviendront sur la médiatisation des faits et sur le rôle particulier des réseaux sociaux dans la circulation de l’information, mais aussi dans l’expression des réactions des citoyens, entre sidération, solidarité et émotion.

Participants :

Romain Badouard, Université de Cergy-Pontoise, Thomas Drugeon, responsable du dépôt légal du web à l’Ina, Nicolas Jacobs, journaliste, médiateur de France 2, Amandine Kervella, Université de Lille 1, Pierre Lefébure, Université Paris 13, et Claire Sécail, CNRS, auteurs de Le défi Charlie. Les médias à l’épreuve des attentats (Lemieux, 2016), Valérie Schafer, CNRS, historienne, Gérôme Truc, CNRS, auteur de Sidération, une sociologie des attentats (PUF, 2016).

En présence de Sandra Laugier, chargée de mission CNRS, membre du Comité Attentats-Recherche.

Soirée animée par Hervé Brusini, France Télévisions.

Colloque « L’impact des attentats : victimes, riverains, société » (CNRS)

Le 26 octobre 2016, dans le cadre de l’appel à projets CNRS Attentats-Recherche, s’est tenu le troisième colloque thématique organisé par le comité Attentats-Recherche avec l’Institut des Sciences sociales du Politique (UMR CNRS/Paris Ouest Nanterre La Défense/ENS Cachan) et coordonné par Gérôme Truc, chargé de recherche au CNRS, Institut des Sciences sociales du Politique.

Nous avons pu, à cette occasion, présenter les premiers résultats de notre projet.

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Présentation du projet SENSI-TV-T, Auditorium – Siège du CNRS (Paris)

 

Programme du colloque

capture-decran-2016-11-11-a-12-02-269h30-11h : Session 1 – Victimes
Lionel GIBERT – Docteur en médecine, Service de Psychiatrie de l’Hôtel Dieu, Paris : « Les facteurs de risque du trouble de stress post-traumatique chez les victimes des attentats du 13 novembre 2015 »
Guillaume DEZECACHE – Chercheur post-doctoral en sciences cognitives, Institut Jean Nicod (CNRS/ENS/EHESS) : « Réactions individuelles et collectives au cours de l’attentat du 13 novembre 2015 au Bataclan »
Colonel Stéphane BUFFAT – Médecin en chef à l’Institut de recherche biomédicale des Armées et membre de Cognac-G (CNRS/Paris 5) : « Premières données issues du projet de recherche « Parcours Victimes Attentats » »
Animée par Stéphanie KHALFA – Chargée de recherche au CNRS, Institut des Neurosciences de la Timone

11h30-13h : Session 2 – Riverains
Maëlle BAZIN – Doctorante en sciences de l’information et de communication, Centre d’Analyse et de Recherche Interdisciplinaires sur les Médias (IFP/Université Panthéon-Assas) : « Les mobilisations de riverains dans les 10ème et 11ème arrondissements de Paris après les attentats de janvier et novembre 2015 »
Hélène FROUARD – Chercheure au Centre de Recherches Historiques (CNRS/EHESS) : « Répondre en écrivant ? Les registres de condoléances de la mairie du 11ème arrondissement après les attentats du 13 novembre 2015 »
Perrine MICHON – Maîtresse de Conférences en géographie, Université Paris Est-Créteil Val de Marne : « Vivre-ensemble après les attentats : l’expérience de cercles de paroles dans un collège du 11ème arrondissement »
Animée par Sarah GENSBURGER – Chargée de recherche au CNRS, Institut des Sciences sociales du Politique

14h-16h : Session 3 – Société
Claire SECAIL – Chargée de recherche au CNRS, Laboratoire Communication et Politique IRISSO (CNRS/Université Paris Dauphine) : « Les publics face aux attentats de 2015 et leur médiatisation : premiers résultats de l’enquête « Sensibilité au traitement télévisuel du terrorisme »»
Romain BADOUARD – Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, Université de Cergy-Pontoise : « Analyser les réactions aux attentats sur le web et les réseaux sociaux »
Elena STANCANELLI – Directrice de recherche au CNRS, Paris Jourdan Sciences Economiques (CNRS/EHESS/ENS Paris Ulm/INRA/ENPC) : « Les effets des attentats sur l’offre de travail et le bonheur individuel »
Animée par Gérôme TRUC – Chargé de recherche au CNRS, Institut des Sciences sociales du Politique

16h15-16h45 : Présentation du programme interdisciplinaire « 13-Novembre »
Par Denis PESCHANSKI (Directeur de recherche au CNRS, Centre d’histoire sociale du XXe siècle, CNRS/Université Paris 1) et Francis EUSTACHE (Directeur d’Études à l’EPHE et Directeur de l’Unité de recherche U1077 de l’INSERM-EPHE-UNICAEN U1077)

 

Episode #3. Fin de l’étude en réception : Seine-Saint-Denis, dernière étape

93La phase d’entretiens de la vague 1 de notre étude en réception est désormais achevée.

Si le matériau oral accumulé nous satisfait scientifiquement, la démarche nous a en revanche personnellement tous éprouvés. Au final, nous avons rencontré 37 personnes. Habitants de Seine-Saint-Denis, d’Amiens ou de Paris, femmes ou hommes, étudiants, jeunes actifs ou retraités, musulmans, catholiques, juifs ou athées : ils nous ont parlé de leur rapport aux médias et de leur ressenti face au traitement journalistique des attentats. Mais surtout, ils nous ont parlé de la France d’aujourd’hui, de la société dans laquelle ils vivent, de leur regard sur les institutions et leurs concitoyens. Et de ce point de vue, le constat est désarçonnant, préoccupant.

A rebours d’une conception positive de l’interdépendance éliassienne entre les groupes sociaux comme travail de configuration de la réalité sociale, leur discours nous renvoie régulièrement le spectre d’une société divisée, morcelée, parfois irréconciliable, si peu capable d’altérité, si rétive au dialogue, si impuissante à se trouver des intérêts communs. L’expression récurrente d’une compassion pour les victimes des attentats apparaît comme le seul contrepoint positif de ce constat.

Reste une parole dure à entendre, qui nous interpelle forcément en tant que chercheurs, nous qui nous évertuons à rendre intelligible le contemporain et à structurer une pensée sur les phénomènes que nous observons. A écouter bon nombre de ces personnes, il y a de quoi s’interroger sur l’absence de confiance, voire de croyance en l’existence de ces cadres structurants qui favorisent le sentiment d’appartenance collective. Comme si les individus, livrés à eux-mêmes, abandonnés et défiants à l’égard de tout ce qui ressemble de près ou de loin à une autorité instituée (médias, politique, école, etc.) manifestaient plus spontanément rancœur et lassitude. Pour certains, nous avons ressenti que notre attention accordée dans le cadre de ces entretiens remplissait chez eux une fonction cathartique…

S’agissant de la télévision, à laquelle tous se sont exposés – et parfois assidument – au moment des attentats, la désapprobation est impulsive, intense et quasi-unanime. Ce n’est que lorsque nous demandons si rien de ce qui a été diffusé ne leur a plu que ressort la satisfaction de partager à travers l’écran les moments d’hommage ou l’expression de quelques figures positives comme celle du petit Brandon ou de « mamie Danielle » invitant à la fraternisation.

Notre analyse ne fait que commencer mais nous le mesurons lucidement : cette France fatiguée de 2016, cette société perpétuellement post-attentat et sempiternellement pré-électorale, vit dans une troublante pesanteur.

A suivre…

Episode #2. Suite de l’étude en réception : Paris, deuxième étape

toureiffelAprès Amiens, cap cette semaine sur la capitale pour cette deuxième étape de l’étude en réception (6-9 juin). A Paris, la décrue de la Seine est amorcée après avoir culminé à 6m10 et le Zouave du pont de l’Alma, qui avait le bassin noyé sous les eaux, commence, soulagé, à respirer de ses poumons de pierre.

Soulagés, nous aussi. Car la première leçon tirée de l’expérience d’Amiens est aussi un objet de satisfaction : les guides d’entretiens élaborés au cours des dernières semaines fonctionnent plutôt bien. Ni trop longs, ni trop courts, ils favorisent la parole des enquêtés. Pratiquer d’abord un entretien individuel avec chacun avant de les réunir en groupe pour les entretiens collectifs s’avère pertinent. Nous mesurons la dureté de l’épreuve intime et collective vécue au moment des attentats à la façon dont nos participants de la Somme réactivent une mémoire vive, encore marquée par l’émotion, près de huit mois après le drame et malgré la distance géographique avec les lieux des attaques. Non, une actualité n’en chasse pas une autre si facilement dans l’esprit des publics… Nous aussi, tout en nous appliquant à l’objectivité scientifique de rigueur, nous avons ressenti ces effets de rémanence en préparant les montages vidéos (réalisés à partir d’extraits d’actualité diffusées entre le 13 et le 20 novembre) utilisés pour les entretiens collectifs. Ces images nous ont replongés dans l’effet de sidération éprouvé à l’annonce des attentats et les jours suivants.

Si le prestataire chargé du recrutement a eu quelque difficulté à convaincre les Amiénois de participer à notre étude (beaucoup de méfiance…), il n’a eu en revanche aucun problème pour trouver douze parisiens curieux de se prêter à une étude scientifique pour « discuter de leur perception des événements d’actualité à travers les médias », le flou étant délibérément entretenu sur l’objet même de notre étude.

Batteries des caméras et des dictaphones rechargées, carnets de notes vierges, nous sommes donc prêts (autant que curieux) à les accueillir dans nos locaux. Twingo au repos.

A suivre : ce week-end, la troisième et dernière étape de notre étude en réception se déroulera en Seine-Saint-Denis…

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Le Zouave le 3 juin 2016. Crédit photo : Denis Allard, pour Le Monde

Episode #1. Début de l’étude en réception : Amiens, première étape

panneau-amiensAprès plusieurs semaines de réunions collectives studieuses et d’ardentes discussions pour préparer notre protocole de recherche, le grand jour est arrivé : aujourd’hui, vendredi 3 juin, en route direction Amiens pour la première étape de notre étude en réception, où nous attendent quatorze participants recrutés par un prestataire – merci à lui ! – ayant accepté de se prêter à un double exercice : une heure d’entretien individuel et deux heures d’entretien collectif.

C’est peu dire que la préparation des missions fût rock’n roll en ces temps de conflits sociaux, de pénurie d’essence et d’inondations exceptionnelles. Si le Zouave du pont de l’Alma a de l’eau jusqu’aux genoux, ce sont les grèves de la SNCF qui nous ont donné le plus de sueurs froides. Notre train ayant été annulé, nous avons été contraints d’activer un plan BC (comme Bricolage d’un Co-voiturage). Hommage à Emilie et sa brave petite Twingo qui a vaillamment transporté notre équipe de choc vers la préfecture de la Somme.

Equipés de tout le matériel nécessaire au recueil de données orales, Dominique, Aurélie, Alexandre et Pierre sont donc en route vers la « petite Venise du Nord » pour une étape moins touristique que scientifique : recueillir une parole ordinaire sur la perception des attentats. Programme dense mais passionnant.

A suivre…

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D’autres recherches sur les réactions sociales et médiatiques aux attentats

Au-delà de notre projet SENSI-TV-T, l’appel Attentats-Recherche du CNRS a sélectionné d’autres projets portant sur la dimension sociale et médiatique des attentats. Les membres du projet SENSI-TV-T auront à cœur de travailler et d’échanger leurs points de vue avec les équipes de ces projets dans le cadre de colloques ou de débats. Petit tour d’horizon de ces recherches…

Projet REAT – Recherches sur les réactions aux attentats

4818362_6_3a92_fleurs-et-bougies-en-hommage-aux-victimes-des_03335ff83e0284865ae07ba0952cd5e9L’objectif du projet REAT est de produire une sociographie fine des réactions suscitées dans la société française par les attentats de janvier et novembre 2015. Ce faisant, il entend contribuer à une meilleure compréhension de ce que les attentats font aux sociétés où ils surviennent, au-delà de ce qui relève de leur traitement médiatique et des réponses politiques qui y sont apportées, et à un affinement des concepts dont disposent les sociologues pour en rendre compte. Ce projet articule à cette fin trois volets empiriques :

  • des enquêtes ethnographiques menées auprès des lieux des attentats et des quartiers frappés, ainsi que dans une commune de la banlieue parisienne indirectement liée aux événements ;
  • une analyse à la fois quantitative et qualitative des modalités de réaction aux attentats sur les réseaux socio-numériques ;
  • une étude des hommages aux victimes déposés sur les lieux des attentats et des autres messages de soutien collectés à la suite des attentats. Sur ce dernier plan, le projet REAT se conçoit plus particulièrement comme une entreprise de valorisation scientifique du travail entrepris par les archives de Paris à la suite des attentats du 13 novembre 2015.

Inspiré du travail réalisé par l’équipe de l’« Archivo del Duelo » au Centro Superior de Investigaciones Científicas après les attentats de Madrid en 2004, ainsi que d’autres recherches du même type menées aux États-Unis après le 11-Septembre et au Royaume-Uni après les attentats de Londres en 2005, il vise enfin à structurer en France un groupe de travail sur la question des réactions sociales aux attentats en vue d’engager à plus long terme des échanges internationaux sur cette thématique de recherche.

Coordination du projet : Gérôme TRUC, chercheur associé à l’ISP (CNRS / ENS Cachan / Université Paris Ouest Nanterre) et au CEMS (Institut Marcel Mauss – CNRS/EHESS).

https://reat.hypotheses.org/

Deux chercheuses du projet REAT ont en outre lancé leurs propres blogs :

Chroniques sociologiques du « quartier du Bataclan ». Par Sarah GENSBURGER, chargée de recherches au CNRS (ISP), spécialiste du rapport au passé dans la société contemporaine. Sur son blog, soucieuse d’ouvrir la curiosité des publics au travail des sciences sociales, elle tient la chronique d’un quartier meurtri par les attentats en retranscrivant à chaud ses observations.

Ecrituresurbaines. Par Maëlle BAZIN, doctorante à l’Institut Français de Presse (CARISM, Université Paris II – Panthéon Assas). L’auteure de ce carnet de recherche observe, photographie, collecte et partage ses analyses des écritures exposées dans l’espace urbain, « ces « choses communes » – pour reprendre une expression de Georges Perec ».

Projet ASAP – Archives sauvegarde attentats Paris

Asap-2Les attaques qui ont frappé la France en janvier 2015, comme celles qui se sont produites à Paris et Saint-Denis le 13 novembre 2015, ont donné lieu à une intense activité en ligne au cours des événements et dans les jours qui ont suivi. Celle-ci a émané à la fois de sites et d’organes d’information (avec notamment des fils d’informations en continu et des dispositifs de questions/réponses en direct), d’institutions (communication de crise de la RATP, du gouvernement, etc.) et des internautes, notamment via Twitter ou Facebook, sans compter les innombrables commentaires et débats dont cette communication a elle-même fait l’objet. Quelles sont les traces numériques laissées par cette réactivité aux évènements ? Comment envisager leur processus de captation et d’archivage en temps réel ? Comment documenter ce type d’archives et de corpus pour la recherche ? Que peut-on retirer de ces sources nativement numériques pour analyser ces événements au plan national et international, mais aussi pour saisir la participation des internautes, les formes d’expression en ligne et le rôle des réseaux socio-numériques au cours des journées et dans les semaines qui ont suivi, la communication de crise, ou encore les circulations médiatiques ? Prenant pour point d’appui les archives du Web, cette recherche interdisciplinaire (informatique, SIC, sociologie, histoire notamment) a pour ambition, en partenariat avec les équipes de la BnF et de l’Ina chargées notamment du DL Web, de documenter la collecte du Web et de Twitter au cours des événements, d’interroger les conditions et possibilités d’élaboration de corpus, et de faire ressortir les premiers éléments qui peuvent émerger de ces données massives entre histoire visuelle, approche quantitative et qualitative, TAL, cartographie de liens, sémiologie, ou encore médiologie, pour analyser la fabrique de l’événement en ligne.

Coordination du projet : Valérie SCHAFER (ISCC, CNRS/Paris-Sorbonne/UPMC)

http://asap.hypotheses.org/

 

Projet Contre-discours radical. Analyse de la littérature djihadiste

stop-djihadisme-gouvernement-francaisCe carnet de recherche propose une analyse socio-sémiotique et critique des images et textes de propagande de Daesh en français, anglais et arabe. A travers ce travail d’analyse et de déconstruction du discours djihadiste véhiculé par la littérature des groupes radicaux, particulièrement Daesh, le projet entend sensibiliser aux techniques rhétoriques et propagandistes et participer ainsi à la diffusion d’un contre-discours radical auprès du grand public. Cette initiative propose donc de penser le phénomène djihadiste en délégitimant sa sacralisation par l’usage de la raison critique. Ce travail repose sur les approches critiques en sociologie,  sciences de l’information et islamologie dans un format semi-académique privilégiant délibérément de courts articles (par rapport  au format académique mais plus long et plus documentés que des articles de presse).

Coordination du projet : Hasna HUSSEIN, sociologue des médias et du genre, chercheuse associée à l’Observatoire des radicalisations (FMSH-EHESS, Paris)

http://cdradical.hypotheses.org/

Quelle couverture télévisuelle des attentats de novembre 2015 ?

 

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Si les attentats de novembre 2015 ont fait l’objet d’une forte couverture médiatique, les chaînes de télévision n’ont pas toutes accordé la même attention aux événements. L’intensité de la couverture télévisuelle a en effet varié d’une chaîne à l’autre en fonction de la vocation de chacune à pouvoir offrir des programmes en lien avec l’actualité (journaux télévisés, magazines d’information et de reportages, émissions de débats, etc.) et de sa capacité à mobiliser rapidement une rédaction pour mettre en place des éditions spéciales et assurer en direct le suivi des événements.

Lorsque l’on analyse la place consacrée aux attentats dans la semaine du 13 au 20 novembre sur les principales chaînes, on repère trois catégories de grilles :

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  • Les chaines d’information continue. Entièrement dédiées à suivre l’actualité et en capacité de déployer immédiatement leurs journalistes sur le terrain, elles ont, sans surprise, traité le plus abondamment les attentats. Ainsi, BFM TV a consacré 150 heures (9031 minutes) aux événements terroristes durant la semaine du 13 au 20 novembre.

 

  • Les chaînes généralistes. TF1, France 2, France 3 et M6 ont, pour leur part, mobilisé intensément leurs programmes habituels dédiés à l’actualité. Elles ont également choisi de déprogrammer certaines émissions de divertissements ou de fictions afin de pouvoir assurer des éditions spéciales lors de deux séquences après le week-end tragique – la séance des parlementaires au Congrès (lundi 16 après-midi) et l’opération du RAID à Saint-Denis (le mercredi 18 au matin). France 2 est la seule à avoir fait le choix éditorial de consacrer une troisième édition spéciale aux attentats survenus à Bamako dans la matinée du 20 novembre. France 2 se distingue surtout des autres chaînes en termes de volume : misant, en dehors des JT, sur un plus grand nombre d’émissions d’actualité (Télématin, Des paroles et des actes, Envoyé spécial, Complément d’enquête, On n’est pas couché, etc.), la chaîne de service public a, de loin, davantage couvert les attentats (3424 minutes, soit 57 heures) que ses concurrentes commerciales (2097 minutes, soit 35 heures pour TF1 ; 1142 minutes, soit 19 heures pour M6). En volume, TF1 se rapproche donc plus de France 3 (1987 minutes, soit 33 heures) que de sa concurrente directe France 2. En revanche, en reprenant sur son antenne le canal de sa filiale LCI, elle a été plus réactive dans la soirée du 13 novembre, assurant un direct dès 22h53 en même temps que France 3 (et une heure plus tôt que France 2).

 

  • Les chaines à vocation culturelle. Arte et France 5 ont un rapport différent à l’événement terroriste, auquel elles n’ont accordé aucune place supplémentaires en dehors de leurs quelques rares programmes d’actualité (Arte Info et 28 minutes pour Arte ; C dans l’air ou C Politique pour France 5). N’ayant que peu ou pas réagi dans les premiers jours, elles accentuent en revanche leur couverture des attentats au cours de la semaine, au moment où d’autres chaînes comme TF1 ou M6 réduisent leurs volumes. On observe par exemple France 5 mobiliser ses magazines thématiques (Les Maternelles, Le Magazine de la Santé, La Quotidienne, Entrée libre) pour offrir une approche plus spécialisée et moins factuelle des événements tout en continuant de s’adresser à ses publics spécifiques. Le 17 novembre, elle programme même une soirée thématique autour d’un documentaire (dans la case Le Monde en face). Au total, France 5 aura consacré près de 28 heures (1667 minutes) aux attentats de Paris, soit une fois et demi de plus que M6. Arte en revanche reste la moins en phase avec l’actualité terroriste au cours de la semaine du 13 au 20 novembre avec 408 minutes (moins de 7 heures sur la semaine). La chaîne franco-allemande se rattrapera cependant les jours suivants en diffusant plusieurs documentaires privilégiant des mises en perspective géopolitique, historique ou sociologiques des événements.

Temps consacré aux attentats semaine du 13 au 20 novembre

Minutes

TF1

2097

France 2

3424

France 3

1982

France 5

1667

M6

1142

Arte

408

BFM TV

9031

Ce tableau synthétique qui mesure l’effort de couverture des attentats du 13 novembre et de leurs suites durant une semaine confirme l’impression intuitivement ressentie d’une médiatisation télévisée des événements de très grande ampleur. Il fait cependant apparaître des contrastes quantitatifs qui renvoient eux-mêmes à des positionnements éditoriaux structurellement différents selon l’offre habituelle des programmes de chaque chaîne qui leur permettent plus ou moins d’augmenter et de diversifier leur traitement. Cette semaine n’est donc pas caractérisée que par le « cassage » d’antenne qui permet de couvrir les faits en direct sur le modèle des chaînes d’information continue et qui aboutit à des phases de couverture plutôt homogènes. Elle se caractérise également par le maintien d’une importante différenciation des orientations éditoriales.